Objectif Ventoux : Le récit

Publié le par Valentin JACQUEMET

"Le plus dur mais surtout

le plus beau moment passé sur un vélo"

 

Une page se tourne. L'objectif est atteint. La satisfaction est immense. "Je l'ai fait", voilà les premiers mots que je me suis dit en exultant une fois le sommet du Géant de Provence franchi. Je pourrais résumer cette montée en disant que j'ai passé le pire moment de ma jeune vie de cycliste sur un vélo, mais surtout le plus beau et le plus fort dans mon cœur.
A travers ces quelques lignes, je vais essayer de vous faire vivre toute l'émotion que m'a procurée cette si belle ascension.

C'est peu avant 18 heures que je suis parti quelques kilomètres avant Bédouin pour concrétiser mon objectif de l'année. J'étais anxieux, peur de passer à coté, peur de ne pas voir le sommet. En effet, je n'avais pas du tout fait de vélo les jours auparavant, étant présents sur les routes du Tour de France. Le doute m'envahissait un peu. Heureusement, les premières rampes du Ventoux étant en font plat montant, je me rassurais en sentant que mes jambes répondaient bien. Et puis, à un moment, tous les cyclos ayant escaladé ce superbe col peuvent en témoigner, j'apercevais sur le sol un gros écrito : "Bédouin, Sommet 21,2 km". C'est alors que je me suis vraiment rendu compte que j'y étais, que je m'attaquais à l'un des cols qui eût fait et qui fait encore la légende du Tour. J'avais une image dans la tête, celle de Richard Virenque qui, en 2002, levait son index au sommet, ayant réussi à tenir tête à Lance Armstrong. Lance Armstrong, dont je doublais l'un de ses sosies dans les premières rampes. J'avais le sourire aux lèvres, la souffrance n'était en aucun cas présente. Je savourais ... Je savourais d'être encourager par ce monde déjà tant présent, je m'amusais devant tout cette engouement, je tapais dans les mains des bambins qui prennent tous les cyclistes pour des coureurs professionnels. Je vivais la même chose que l'an dernier, lorsque je m'étais attaqué à l'Alpe d'Huez, sauf que tout était décuplé. Tout allait bien, jusqu'à Saint Estève ... En effet, après un léger virage, on aperçoit un mur en face de soi. La chaleur n'aidant pas (le thermomètre affichait 34°C au pied), je me sentais dans le dur comme on dit. Je pensais ne jamais pouvoir atteindre le sommet. Les jambes commençaient à avoir du mal à tourner, je buvais énormément, j'avais la gorge sèche : je n'étais pas dans le rythme. De plus, mon père, qui me suivait en voiture, n'était toujours pas présent derrière moi ... L'anxiété atteignait son acmé. Et ceci dura pendant plus de six kilomètres, jusqu'au kilomètre 12, moment où la pente eut redevenu moins raide. Comme moi, ce 24 juillet marquait l'ascension de nombreux autres amateurs de la petite reine. Un avantage pour moi, car à chaque fois que j'en doublais un, j'en avais un autre dans mon viseur. Quand je souffrais, le fait de dépasser d'autres cyclistes me faisait énormément de bien au moral. Dans ma tête, je me disais : "Accroche toi, il y en a qui sont plus mal que toi". Je passais devant de nombreux luxembourgeois qui me criaient des "Allez Andy !", faisant référence à ma tenue blanche, de la tête au pied. Et voilà comment je continuais à tourner les jambes, à me faire mal aux mollets ... Et puis, comme par miracle, après un énième virage, croyant que je ne sortirais jamais de cette partie boisée, j'aperçu l'antenne de l'observatoire. Quelques dizaines de mètres plus loin, je passais le Chalet Reynard, où j'ai eu énormément de mal à me frayer un chemin. Le vent commençait à souffler mais ce n'était plus le problème, je retrouvais toutes mes sensations, j'étais transcendé, j'avais hâte d'y arriver. Je profitais également des pentes beaucoup moins raides pour retrouver mon coup de pédale. Je ne regardais même plus mon compteur, je fixais, là haut, cette observatoire, perché à 1912 mètres d'altitude. Je doublais de plus en plus de cyclos, je (re)savourais, je serrais le poing dès que des personnes m'encourageaient, le sourire gommait le masque de la souffrance sur mon visage. Je passais devant les hollandais, fidèle à leur image de fêtard qui avaient, pour l'occasion, installer une sono au bord de la route, et qui levaient leur verre ... de bière dès qu'un cycliste passait. Mais il y a, surtout, une image qui reste à ce moment-là, au contraste saisissant avec le comportement de nos amis étrangers : celle d'un homme, qui me faisait un signe de la main de ralentir, de garder de l'énergie. A ce moment là, étant néophyte dans cette ascension, me sentant bien, je continuais d'imprimer le même rythme jusqu'à deux kilomètres du but. A croire qu'il faut toujours écouter la voix des anciens, car je commençais à m'effondrer, l'altitude n'aidant pas, je ressentais quelques difficultés respiratoires, mais je m'accrochais. Je jetais toutes mes forces dans les derniers hectomètres, je me couchais sur ma machine, dans une position vraiment peu académique. Je regardais le sommet, mais plus j'avançais, plus j'avais l'impression qu'il s'éloignait. Et puis, au terme d'un ultime virage à la pente sévère, j'y arrivais. J'arrivais devant l'observatoire et sa façade ayant comme tapisserie d'un jour tous les vainqueurs d'étape au sommet. A l'arrivée, pas de grands signes de victoires, il faut dire que les forces étaient aux abonnées absents, juste un poing fermement serré et un grand cri de soulagement. Puis, je m'arrêtais net, les jambes tremblantes et savourais cet instant si magique et particulier. Je regardais mon cardio, il m'indiquait "1h42mn". Objectif doublement réussi puisque je m'étais fixé, comme sous objectif, de passer sous la barre des deux heures. Avant la redescente, une photo devant le panneau indiquant le sommet et l'altitude et puis, je montais dans la voiture pour une descente où je me remémorais déjà tout ces si beaux moments. J'observais la stèle de Tom Simpson, disparu sur ces pentes, je regardais les bornes kilométriques présentes à chaque kilomètre.  Je répondais, également, aux messages de mes ami(e)s, de ma famille ... Et enfin, j'entendais à ma plus grande surprise et à mon plus grand bonheur, Yann Lavoix et Luc Leblanc me félicitant sur l'antenne d'RMC.
Je peux le dire, j'ai vraiment vécu des moments de rêve dans ce décor idyllique, mélangeant l'oppression et le vide, les arbres et les pierres durant l'ascension de ce Ventoux tellement particulier ...

 

 

     

 

 

Retrouvez toutes les photos de mon ascension
du Géant de Provence en cliquant ici

Publié dans Objectif Ventoux

Commenter cet article

jcdelaroa (alex maingot) 27/07/2009 23:18

HEY HEY LA classe mon valentin pour l'avoir fait quelques semaines avant toi il est vrai qu'il n'es vraiment pas simple ce mont ventoux, en tout cas BRAVO a toi  !